Blog féminin pour être belle et bien… là !

10. Épilogue

- « Vincent ! ferme la bouche ! tu vas gober une mouche tout à l’heure ! »
- « Hein ? Ouais … mais c’est surtout cette histoire que j’aie du mal à gober. Quand on perd la mémoire, en principe, on oublie tout ? Alors pourquoi Annie se souvient-elle de son père et pas de sa mère, et de toi, ma tante, qu’elle a connue bien après ? »
- « Oui, effectivement, c’est une amnésie peu ordinaire qu’elle s’est construite elle-même. Sa mémoire a sélectionné les seules personnes qui, à ses yeux, l’aimaient le plus : son père et moi-même. Le choc de la mort de Philippe l’a propulsée vers un absolu d’amour, une protection de l’inconscient pour échapper à la folie. Cette force de survie a développé chez elle un pouvoir télépathique. Quand vous êtes arrivés, tous les deux, à Manoriva, Annie a très vite détecté une force identique à la sienne, la vôtre Janie. Inconsciemment, elle vous a appelée au secours. Au début, ce n’était qu’un jeu pour elle, mais très vite, cette concentration d’énergie l’a incitée à se remettre en question, lui permettant de reconstruire son passé, comme un puzzle.
Mais bien sûr, tout ça ne se fait pas sans douleur. Pour vous deux également c’est une épreuve ! n’allez pas tout gâcher en vous séparant ! Je comprends que pour toi, Vincent, ce soit très difficile à supporter. Les liens qui unissent Janie et Annie vont au-delà de l’amitié et je conçois qu’il y ait un danger à ce genre de rapport. Annie cherche à se retrouver à travers vous deux. Janie représente la puissance féminine qu’elle a perdue. Quant à toi, Vincent, tu es son bouc émissaire, son souffre-douleur ! elle fait un transfert, c’est classique. Si cette situation t’angoisse trop, il est préférable que tu partes, mais avec Janie.
Voilà, mes enfants, vous savez tout ! Je vous laisse réfléchir … bonne nuit ! »

Nous allons réfléchir, mais chacun de notre côté car Vincent vient de s’endormir. Il refuse d’approfondir la question et quelque part, je le comprends. Que va-t-il se passer quand Annie sera redevenue elle-même ? Elle peut très bien nous en vouloir de nous être immiscés dans sa vie, de l’avoir réveillée, la réalité est tellement moche. C’est de son plein gré qu’elle a perdu la mémoire et c’est malgré elle qu’elle va la retrouver, avec tous ses odieux souvenirs. Et qui est-elle vraiment cette drôle de petite bonne femme ? Pas vraiment un ange, il faut bien l’admettre ! …
Depuis que nous sommes installés chez sa mère, elle est tombée dans une espèce de mutisme. Elle regarde tout le monde en souriant mais refuse de discuter …
- « Mais tout va bien ! Y’a pas de lézard ! »
Voilà ce qu’elle répond, résignée et insolente, à chaque fois que l’un d’entre nous lui parle.

A travers les récits de Chantal et d’Héloïse mais surtout grâce aux quelques déclics que j’ai pu provoqués chez elle, un élément important, qu’apparemment je suis la seule à connaître, me donne la chair de poule, cette histoire de sac, semblable à celui de Sabine, la lourde culpabilité qu’Annie affecte quand elle parle de l’amour, la mort mystérieuse de l’araignée …
Je suis brutalement tirée de mes pensées par un cri perçant …
- « Vincent ? … »
Il se redresse au bord du lit, raide et livide …
- « Janie ! … j’ai fait un cauchemar ! … où elle est ta copine ? »
Je me précipite vers la chambre d’Annie. Le lit est vide et une lettre est posée sur l’oreiller …
« Vous êtes adorables, tous !
Soyez indulgents, je le fais pour mon plaisir et pour votre survie … je sais bien que c’est un pêché ! miam-miam ! (mais non ça se mange pas, bourrique !) m’a répondu mon ange gardien !
En vérité, j’ai pas tout compris … mais j’ai retrouvé mon shilom, des pistaches, des photos, mes petites culottes noires et un goût très prononcé pour la baise et le chocolat …
J’ai sûrement raté une séquence mais tout ce que je sais c’est que je fous la merde partout où je passe !
Bon je vous laisse maintenant. J’ai des comptes à régler sur une autre planète … »

Je refuse de comprendre ! Vincent est déjà habillé, il me prend la main et m’entraîne en courant …
- « Vite ! chez ma tante ! »
C’est la pleine lune. En quelques minutes, nous sommes dans le grenier… une odeur de sang frais nous pique la gorge … je hurle …
- « La lumière vite ! »
Vincent est ressorti pour vomir !
- « Non ne craque pas chéri j’t'en prie ! »
Annie est pendue par les pieds. Son corps est bandé de rubans noirs et … elle s’est ouvert la gorge et les deux poignets …
- « Vincent ! il faut la détacher, je suis sûre qu’on peut la sauver ! »
L’escabeau, ses cheveux blonds tous collés, la route à toute vitesse, l’hôpital, tout ça dans un brouillard de larmes …
- « Vincent, elle va s’en tirer, dit ? elle va s’en tirer ? »
Il me prend dans ses bras, son visage est grave … Il me serre fort !
- « Je t’aime, je t’aime … garde-moi toujours ! »

L’infirmière m’a souri en ouvrant la porte …

- « Bonjour ma belle ! Alors, après une saignée pareille, te voilà prête à affronter de nouvelles aventures, j’espère ? Tout d’abord, plaisir suprême … regarde bien … la première rangée est tout chocolat, le reste praliné et là, c’est au nougat, je crois … et reconnais-tu la dame sur le couvercle ? c’est la belle au bois dormant … c’est Vincent qui l’a choisie … Annie ? … coucou ! et oui, tu es toujours sur Terre, la plus jolie des planètes ! »

J’ai peut-être tort, n’est-ce pas un peu trop brusque comme réveil ? Tant pis ! c’est la première fois qu’une de mes amies fait une tentative de suicide et j’ai décidé d’aborder le problème de front, avec ironie mais de façon optimiste. Annie n’a pas encore prononcé un seul mot. Elle me caresse les cheveux d’un air étonné … j’espère au moins qu’elle me reconnait …
-  » … que … tu es belle … blonde ! »
Ouf ! c’est peu mais c’est bien. Elle est épuisée, on le serait à moins !
- « Annie, repose-toi ! je reviendrai plus tard … ne vide pas la boîte de chocolats ! »
Elle me sourit péniblement et ferme les yeux … à demain la miraculée !

- « Janie, j’ai raté beaucoup de choses dans ma vie mais je suis contente d’avoir raté mon suicide ! » – « Et moi donc ! » – « Tu sais, toi, pourquoi j’ai fait ça ? » – « Je pense l’avoir deviné … raconte si ça peut te soulager, sinon oublie ! de toute façon personne ne le sait et ne le saura jamais … c’est du passé ! » – « Janie, dis-moi si tu as deviné juste ? » – « Et bien … comme tu es une grande étourdie et que la mariée, ta rivale, avait le même sac que toi … Sylphride, la jolie petite araignée, s’est retrouvée, tel un passager clandestin au coeur d’une nuit de noce, dans le sac de Sabine … c’est bien ça l’histoire, Annie ? » – « 20 sur 20 inspecteur ! » Elle baisse les yeux et prend soudain un air grave … – « De toute façon, Sabine avait peur de tout, même des mouches ! mais je suis sûre d’une chose … Sylphride n’a mordu personne ! elle était très gentille, mais elle faisait peur … c’est bête ! … mais dis-moi plutôt, ma chère Janie, ce que tu fais en blonde ? » – « Je retourne en Amérique et je t’emmène ! » Et j’aperçois deux petites larmes jaillir des yeux d’Annie … – « Ah non ! tu vas pas te remettre à pleurer ? » – « C’est rien ! c’est rien ! je suis contente à … c’est tout ! » A peine vient-elle de se calmer qu’une petite forme douteuse, cachée sous le pyjama, juste sur son coeur, commence à s’agiter joyeusement … – « Annie, tu sais que je n’aime pas tellement les araignées moi ! » Et elle rit tout en attrapant dans ses mains une adorable souris blanche … – « L’infirmière m’a demandé ce qui me ferait plaisir … alors, voilà ! mais je ne sais pas comment l’appeler ? » – « Et pourquoi pas, tout simplement, « fille » ? » Lui a répondu Vincent !

miaou !

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