4. Lune rousse
- « Annie, s’il-vous-plait, pouvez-vous me taper cette lettre ? »
Encore ! Mais c’est pas vrai … une par heure en moyenne !
- « Dites, Monsieur Vogel, je peux me permettre une remarque ? »
Aie ! Me regarde pas comme ça andouille !
- « Euh ! … oui, je vous en prie Annie … »
Il faut qu’il arrête de me regarder comme ça où je vais hurler !
- « Et bien voilà, Monsieur Vogel, ne serait-il pas plus pratique, pour vous comme pour moi, de se réserver une heure à votre convenance pour me dicter tout votre courrier et … »
Et v’lan, il est tout rouge !
- « Écoutez Annie ! … vous êtes bien mignonne, mais je n’ai aucun conseil à recevoir de vous. Faites votre travail correctement, c’est tout ce que je vous demande ! »
Bouh ! Quel con ce mec – aucune organisation. C’est pour mater mes guibolles qu’il se déplace dix fois par jour ou quoi ? Encore un qui ne pense qu’à me sauter ! OK, demain je remet ma jupe-culotte. Bah ! Il est bien gentil quand même ce Monsieur Vogel. Il m’a embauchée sans discuter, me paie plutôt bien et il m’a même aidée à trouver ma piaule. Non, le problème c’est qu’il est sûrement un peu frustré sexuellement – normal, il est vieux et pas beau. De toute façon, ils sont tous moches dans ce patelin et ça tombe bien car les mecs, j’en ai vraiment ma claque.
Bon, encore une heure à tirer et ce soir je reçois mon premier invité : Madame Kerleau. Je vais lui montrer sa maison et ma licorne et je vais acheter des petits gâteaux. Je suis sûre qu’elle raffole des petits gâteaux. Elles sont toujours très gourmandes les petites vieilles qui vivent toutes seules.
- « Bonjour Annie, ouf ! C’est bien haut chez vous ! »
- « Madame Kerleau, entrez, j’vous en prie ! Mais il fallait me téléphoner, je serais venue vous aider à monter les cinq étages »
- « Annie, soyez gentille, appelez-moi Héloïse et ne vous inquiétez pas, je suis vieille mais encore vaillante ! »
Quel joli sourire elle a et comme c’est charmant son petit intérieur. La mansarde est entièrement lambrissée, meublée de façon rustique avec de la dentelle ancienne aux fenêtres et sur les chaises. Des plantes vertes partout et … partout … des bricoles qui traînent : un tube de rouge à lèvres, des magazines, des paquets de biscuits vides, des boîtes de coca-cola et même ses petites culottes . … Ah ! Ces jeunes …
- « C’est très mignon chez vous. Tenez, j’ai apporté des tuiles et des macarons faits maison »
- « Oh ! C’est gentil, moi aussi j’ai acheté des gâteaux, chez Portier, je crois que c’est bon chez eux ? »
Et elle grignote déjà un de mes biscuits en nous servant deux coupes de champagne …
- « Du champagne ! Mais en quel honneur ? »
- « … vous êtes ma première invitée et puis … je n’aime que le champagne et le coca. Mais venez, je vais vous montrer votre maison … »
La pièce que je découvre est un amalgame de chambre, salle de danse et atelier de peinture. Un grand miroir derrière une barre fixée au mur, un matelas à même le sol, une grande table ronde où s’entremêlent pinceaux, palettes et collants et, près de la fenêtre, sur un chevalet, je reconnais Manoriva. Mon Dieu ! Ce tableau est magnifique mais pourquoi a-t-elle inversé tous les verts ?
- « … vous … avez rajouté un sapin ! »
- « Oui, c’est vrai … disons que … c’est une touche personnelle et … je préfère les nombres impairs »
- « Annie, je peux vous poser une question … délicate ? … êtes-vous daltonienne ? »
Elle m’adresse un petit sourire malicieux …
- « Non, pas du tout, simplement … j’ai besoin de défier l’Univers ! »
Je ne réponds rien mais cette réflexion me paraît bien présomptueuse. Enfin, n’est-ce pas là le principal atout d’un artiste ?
- « Alors, ça vous plaît ? »
En admettant que Manoriva devienne, après une apocalypse, telle une photo en négatif … oui, ce tableau me plaît beaucoup.
- « Héloïse … il est pour vous, je vous en fais cadeau »
- « Oh ! Annie … c’est … je suis très touchée, vraiment, c’est très gentil ! »
Je suis émue par la joie de cette jeune fille et je désire sincèrement la connaître mieux …
- « Héloïse, ça vous plairait de voir mes autres toiles ? Une surtout que je … »
- « … Annie, ce n’est pas votre téléphone qui sonne là ? »
- « Oh ! … oui … vous avez raison … euh ! Bien, je reviens tout de suite ! »
Et elle ferme la porte de sa chambre avant de décrocher. C’est curieux quand même, la sonnerie est puissante … serait-elle un peu sourde ou n’avait-elle pas envie de répondre ? Bref, j’en profite pour regarder mieux cette singulière chambrette quand un tableau retient particulièrement mon attention : une jeune femme déguisée en Zorro … dans une position très équivoque … et le collant résille, là, sous la cape, c’est sans doute une « touche personnelle » comme elle dit . A la chevelure rousse sous le chapeau je devine qu’il s’agit d’elle. Elle aurait fait elle-même son portrait ? Et c’est signé … « Zgarcie » ! … Mais je n’en saurais pas plus car Annie revient dans la chambre les larmes aux yeux …
- « Mon Dieu ! Annie ! Que se passe-t-il ? »
Ses pleurs redoublent d’intensité …
- « Ma petite chatte, Minouchka … elle est morte ! »
Quand je sors de chez cette jeune femme, je suis redevenue médecin et j’ai la certitude que ce dernier patient sera le cas le plus passionnant de toute ma carrière.
Retour à Manoriva où Vincent fait le point …
Je ne vais pas tenir le coup, les choses vont trop loin. Cela fait maintenant une semaine que Janie est sortie de ma vie. D’après ma tante, Annie, alias « Zgarcie », se soigne toute seule et sa psychothérapie consiste à se dédoubler concrètement. C’est diabolique, elle a littéralement dépersonnalisé Janie pour en faire sa moitié, sa sœur jumelle. Elles ne se quittent plus, dorment ensemble, font leur toilette ensemble. Elles se comportent comme des gamines de douze ans, elles se chuchotent des secrets à l’oreille et éclatent de rires, et passent leur journée à danser et à jouer à la poupée. Elles sont dans leur monde et ne communiquent ni avec moi, ni avec tante Héloïse. J’ai l’impression de vivre dans un couvent entre la mère supérieure et ses nonnes.
Bon, il est vrai qu’Annie n’a pas eu un parcours très facile. Ses parents tenaient un bar-tabac dans le centre d’une grande ville. Quand elle atteint ses quinze ans, ses parents divorcent et son père part à l’étranger. Le commerce est vendu. Sa mère, par dépit, se rachète un bar de nuit et sombre dans l’alcool entraînant avec elle Chantal, la sœur d’Annie, de trois ans son ainée. Annie a plus de caractère, elle poursuit ses études et devient secrétaire. Mais elle tombe amoureuse de son patron, marié et père de famille. Cette liaison sans issue lui fait perdre les pédales. Elle quitte sa place et rejoint sa mère. Son salaire d’hôtesse lui permet de prendre des cours de danse et de peinture. L’ambiance du bar ne lui déplait pas, elle organise même des petites soirées « Cabaret ». Mais son affectif est cassé et son aversion pour les hommes s’accroit de jour en jour. Un soir, en cachette de sa mère, elle monte avec un client comme certaines filles du bar. Le lendemain, le Monsieur est retrouvé mort : crise cardiaque. Elle fait une dépression et se réfugie dans la drogue et les sciences occultes. Elle a 23 ans.
Il y a un point que j’aimerais éclaircir. Annie a-t-elle vraiment des dons supra-normaux ? Tante Héloïse ne répond jamais clairement à mes questions. Elle me raconte un passage de la vie d’Annie et c’est à moi d’interpréter. Une chose est sûre : elle est entrée en contact avec Janie par télépathie. Mais je connais les limites de Janie, pas celles d’Annie …
- « Allo ? … Ah ! Salut Chantal … ce week-end ? Ben, rien de précis, pourquoi, tu veux venir ? … OK, tu me rappelles dans la journée pour me donner l’horaire de ton train et je viendrais te chercher à la gare … Au fait, tu as mon numéro à l’agence ? OK, c’est bon … Merci, toi aussi. Je t’embrasse. Bye ! »
Bon, la frangine débarque. C’est sympa, on va pouvoir sortir en boîte, ça me changera les idées.
- « … Annie ! Ouah ! Mais tu es superbe ! »
- « Merci. Toi, j’t'e trouve bonne mine aussi. Maman va bien ? »
- « Bof ! Couci-couça … Là, elle a fermé le bar et elle est partie se reposer chez Catherine à Aix »
- « Très bien. Bon alors, je t’explique le programme : ce soir, petite bouffe chez moi : fruits de mer et champagne. Demain matin : footing … et on ne rouspète pas. De toute façon je trouve que tu as bonne mine partout alors, profite-en ! »
- « … Ouais ! Ben tu sais pourquoi ? … toutes les coupes … le soir … au bar ! »
- « Oh ! C’est pas vrai ? T’as pas encore pigé le coup ? Tu bois une gorgée et ta coupe, tu la vides dans la plante, il y en a une derrière chaque banquette »
- « Je sais, mais j’aime trop le champagne »
- « Bon, bref, c’est pas grave. La suite du programme : demain midi, nous sommes invitées chez ma grande amie Héloïse. Elle habite une drôle de maison toute verte juste en face de chez moi et elle est psychiatre »
- « Ah ! Carrément ! Ben, dis-moi, tu t’emmerdes pas toi, tu soignes tes fréquentations ! Et elle a quel âge ? »
- « L’âge de son savoir »
- « Bon d’accord, je n’insiste pas ! »
- « … Et le soir, boîte : Le Roi de l’Aube. C’est tout neuf, jazzy, et ils servent des cocktail d’enfer à base de champ »
- « Ah ! Ma p’tite sœur, j’t'e retrouve là, tu me fais plaisir ! »
Je me demande comment fait Chantal pour prendre son pied avec un inconnu. Pas mal, d’accord, mais quand même … Nous arrivons au « Roi de l’Aube » déjà un peu éméchées. Ambiance lourde, poisseuse, j’ai déjà envie de ma casser. Chantal est aux anges, elle ne perd jamais une occasion de faire la fête. Il est minuit, tout le monde est bien allumé. Un cocktail, un petit coup de défoule sur la piste et nous sommes très vite assaillies par un essaim de mecs – et comme d’habitude, Chantal est gentille et moi, je fais la gueule – ça doit les exciter ce contraste, chez maman ça marche toujours.
C’est drôle quand même que Chantal, qui est bien ma sœur, soit aussi brune que moi blonde. Enfin, en ce moment je triche, je suis rousse. Et je me sens mieux comme ça. En fait, je ne suis pas assez douce pour être blonde, ça dénote. Je suis fière de moi. Je les ai tous fait rire, sauf un, bien sûr, la victime. Un mec téméraire qui décide de me draguer et de la façon la plus abjecte qui soit.
Voilà que ce connard me demande :
- « Et toi, la jolie rouquine, tu es clitoridienne ou vaginale ? »
Je sens monter en moi un flot de mauvais sang …
- « Tu donnes dans le genre radin toi … c’est fromage ou dessert ! »
Et pour finir cette nuit glauque et insipide, Chantal se tape le grand blond et moi je me précipite sous ma couette, les fesses bien à l’abri de toutes ces mains profanes.
- « Héloïse ! Pourquoi est-ce que je n’aime pas les hommes ? Mon corps réclame des caresses mais quand je fais l’amour, j’ai des envies de tuer. L’homme doit partir très vite car je voudrais le voir mort, agonisant près de moi. Je crois que je suis folle ! »
- « Annie, que se passe-t-il quand vous tombez amoureuse ? »
- « Je tombe malade ! »
- « … Oui, mais ça c’est normal, le … »
- « Non ! Je suis vraiment malade, avec de la fièvre et des boutons, c’est comme un virus ! »
- « Combien d’hommes avez-vous aimés ? »‘
- « Je ne sais pas. Je ne les aime plus ».
Un jour, Maman m’a cité une phrase d’un de ses auteurs préférés : Françoise Dorin … « Pour une femme, il n’y a que deux façons de réussir : retrousser ses jupes ou retrousser ses manches »
Je lui ai répondu …
- « Mais quand on aime retrousser les deux, on fait comment ? »
Elle a beaucoup ri …
- « … Et bien, ma chérie, pour toi, je ne vois qu’une solution : un mariage d’amour ! »
Pas bête, mais pas possible. J’aime trop ma liberté. Seulement, voilà, un problème se pose. Mes manches, je les retrousse en ce moment, mais mes jupes ? … Bon, je vais prendre l’air, ça passera … C’est à cause de ce type que j’ai rencontré cet après-midi à l’agence …
Je suis, comme d’habitude, bien calée entre ma machine à écrire, mes piles de dossiers et cette énorme plante verte qui me tient lieu de parasol, quand Monsieur Vogel m’appelle au secours : il s’est encore gouré de bouton sur la nouvelle photocopieuse. Je me lève trop vite et v’lan, re-boum sur genoux et petit trou dans collant. Bon, je fais ma BA-patron et je reviens réparer les dégâts. Me croyant seule, je hisse ma jambe sur le bureau pour mettre un peu de vernis sur l’échelle …
- « Mademoiselle ! Vous savez que vous avez de très jolies jambes ? »
Un type, jeune, mignon et carrément géant surgit de derrière la plante verte …
- « Mais ! … Vous êtes qui vous ? Je ne vous ai pas vu entrer ? »
Quelle classe ! … Mais trop prétentieux.
- « Philippe Valdère. J’ai déjeuné avec Monsieur Vogel et je consultais ses récentes acquisitions. Je cherche un pavillon dans la région. Mais vous êtes nouvelle ici ? »
Aie ? Il m’intimide ce mec, et sans attendre ma réponse, il m’offre une cigarette et retourne fouiner dans les bureaux.
Un quart d’heure plus tard il revient et dépose un paquet devant moi : une paire de collants noirs en voile ! … Je le massacre des yeux mais il ne me regarde même pas …
- « J’ai fait cet achat pour ma petite amie, mais je pense qu’ils vous seront plus utiles qu’à elle »
Mais c’est pas vrai, quel culot !
- « Merci mais … vous êtes un mufle ou un original ? »
Et sans même me répondre, il est déjà dehors.
Philippe Valdère – 27 ans – Fils du pharmacien de mon quartier. A fait ses études à Paris et revient dans sa province pour se marier. Hier midi, il m’a invitée à déjeuner avec mon patron.
Il m’a glissé à l’oreille :
- « Êtes-vous une vraie rousse ? »
Ce midi, mon patron et moi l’avons invité à déjeuner. Je lui ai glissé un petit mot :
« Top-secret. Je suis une vraie blonde »
Il y a une heure, il était sous ma couette et je vais le quitter, très vite, car je ne me sens pas bien du tout.
- « Ah ! Bonjour Philippe ! »
- « Bonjour Monsieur Vogel … Annie n’est pas là ? »
- « Non, elle est souffrante aujourd’hui. Mais tenez, elle a laissé ce petit mot pour vous » :
« Philippe,
C’était inévitable ? OK
On s’est bien éclaté ? OK
Mais vois-tu, je ne suis pas une fille pour toi !
Alors, s’il-te-plait, on arrête là ?
Sans rancune ?
Annie »
C’est un monstre ! Satan en personne ! Quel affront ! Quelle horreur ! Sa petite amie, Sabine … il l’a faite embauchée à l’agence. Elle s’occupe des ventes, des visites … elle glandouille plutôt qu’autre chose mais elle est assez sympa. Et Philippe passe la chercher tous les soirs, parfois il vient déjeuner. Depuis mon petit mot, il ne m’a pas regardée une seule fois, il m’ignore complètement, même Sabine est gênée pour moi ! Si c’est une vengeance, elle est de très mauvais goût. S’il n’a pas compris que j’étais amoureuse c’est qu’il est con ! Donc je n’ai rien à regretter. Pourtant, je sens que je vais partir, encore une fois, m’enfuir … j’en ai marre. Moi aussi j’évite de le regarder, de l’écouter, mais j’ai mal, mal partout. L’amour et moi c’est pas ça. Quelque chose bloque. Je porte la poisse.
Ce que je redoutais autant que je l’espérais est arrivé. Philippe a craqué. Il est revenu un soir, après avoir raccompagné Sabine …
- « Annie ! Tu as mauvaise mine ! »
Je ne répond pas, je l’ignore.
- « Annie ! Tu n’es qu’une chieuse, une petite pétasse ! »
Il est nul. Je range mes affaires très vite, j’ai besoin d’air.
- « Jamais une fille ne m’a traité comme ça. Tu te prend pour qui ? »
Je déteste les scènes. j’ai quand même le courage de lui sourire et je vais sortir …
- « Philippe ! Laisse-moi passer … qu’est-ce que tu veux ? »
- « … toi ! »
Oh ! Non … Maman, au secours ! … et voilà, c’est reparti !
Jamais un mec ne m’a fait décoller comme ça, jamais ! Si c’est ça l’amour, c’est pire qu’une drogue. Philippe, c’est un savant, un sorcier. Mais je veux qu’il devienne aussi mon ami …
- « … et Sabine dans tout ça ? »
- « Pour l’instant, Sabine et moi sommes officiellement fiancés, nos parents se fréquentent depuis longtemps … je ne peux pas rompre du jour au lendemain … et tu sais, Annie, c’est avec toi que je passe mes meilleurs moments ».
En fait, je n’ai pas envie de discuter. Sabine, les parents, je m’en contrefous. Je n’aime pas les projets. Je savoure l’instant, c’est tout.
- « Philippe, ce week-end, emmène-moi à Etretat, je voudrais te peindre assis sur la plage »
Il a dû comprendre « vas me décrocher la lune ! »
- « Annie ! … mais … je n’ai pas de voiture ce week-end et … tu sais les prévisions météorologiques sont assez pessimistes, avec les marées … »
Je n’insiste pas. Je raccroche gentiment et je vais jouer mon dernier atout. Ce soir nous allons sortir. Resto … peut-être un ciné ? … mais pas de câlin. Et je vais lui donner une ultime chance par ce petit mot :
« Philippe chéri,
… quand tes boucles noires frôlent mon ventre,
… quand tes yeux verts fixent intensément les miens, guettant le moindre de mes soupirs,
… quand, les mains agrippées à mes hanches, je te sens en lutte avec les démons …
… je te déteste !
Alors, avant que mon meilleur ami ne devienne mon pire ennemi, laissons la tendresse rejoindre la sensualité et je pourrais revenir me blottir dans tes bras et te hurler enfin JE T’AIME !
Annie »
Sabine ne travaille plus à l’agence. Elle a trouvé un super job à Paris. Mais je ne vois plus Philippe, il est toujours à St Luce, je l’aperçois de temps en temps à la pharmacie mais il m’évite … et moi je ne comprend pas ce silence. Je vais l’appeler, il faut qu’il s’explique …
- « … Allo ? Oui, bonjour, je voudrais parler à Philippe … de la part d’Annie »
Aie ! Je tombe sur sa sœur, je ne peux pas la voir !
- « Euh ! … il n’est pas là pour l’instant, pouvez-vous rappeler dans la soirée ? »
- « Philippe ! Qui est cette Annie ? »
- « La petite rousse qui travaille chez Monsieur Vogel »
- « Quoi ? … et tu es sorti avec cette fille ? … tu sais qui elle est ? … tu connais « Les Diablotines » à la sortie de la ville ? C’est un bar de nuit et sa mère en est la propriétaire ! Philippe ! … tu t’es envoyé une pute ! »
Bon, je laisse tomber. Je vais l’oublier. Ça va être très dur mais ça vaut mieux. Tout à l’heure, je l’ai rappelé et bien sûr, il n’était pas là … la lâcheté des hommes dans les affaires de cœur est un fléau social ! Je vais prendre deux semaines de vacances, à Aix, chez ma marraine. Je vais peindre, nager … et liquider cet amour de merde !


