Blog féminin pour être belle et bien… là !

2. Divine rencontre

Le soir même, au cours de dessin …

- « … Le voilà ! … Le voilà ! »
- « Quel accueil ! Salut à tous ! Mais le cours n’est pas commencé ? Ne me dites pas que vous m’attendiez ? »
- « Vincent ! Ce soir nous avons un modèle de marque. Elle est américaine, divine et … toute nue ! Viens, le cours a lieu en bas »
Et je les suis, l’estomac un peu noué. J’aime bien quand les cours se passent dans la petite cave – c’est intime et l’éclairage est génial, surtout avec des modèles vivants.

Divine, c’est le mot juste. L’américaine est blonde, sensuelle à pâlir. Les formes sont féminines, la peau très claire et l’ensemble du corps est fuselé, musclé. Ah ! … j’ai le souffle coupé, c’est … elle est … belle !
Nous sommes tous un peu émus, c’est normal. C’est la première fois que nous avons un modèle nu féminin.
- « Sylvain, peux-tu me prêter un carton ? J’ai oublié le mien … mais pourquoi tout le monde me regarde comme ça ? C’est elle le modèle, pas moi … OK ! C’est bon les mecs ! … j’vais pas m’évanouir ! »

Sacré Vincent. Sa timidité avec les filles n’a échappé à personne et, ce soir, nous avons tous décidé de l’observer, un peu par perversité, beaucoup par sympathie. L’américaine est charmante, elle s’appelle Janie et elle maîtrise parfaitement le français. Le silence est complet. Tout le monde guette. Mais le contact entre Vincent et Janie nous étonne très vite. Vincent dessine Janie, sans trembler et il s’applique comme un écolier. Il la dévore des yeux sans qu’aucun trouble n’apparaisse, ce qui déclenche très vite un agacement de la part des autres types et de l’émoi chez les filles. Quant à Janie, elle est méchamment troublée au alors c’est sa façon de poser. Même toute nue et très blonde, elle ressemble à une vierge antique. Elle se tient assise sur ses talons, les mains jointes contre son sexe. Elle est légèrement de profil et incline sa tête vers l’arrière. Quand, nous sommes descendus tout à l’heure, elle était déjà nue et se tenait debout, les mains sur les hanches, tout à fait à l’aise. Vincent ne lui a donné aucune instruction – et apparemment cette position lui convient parfaitement. Ses yeux bleus, immenses, ne quittent pas Vincent une seconde, sa bouche est entr’ouverte … elle ne respire plus … c’est la femme avant l’amour … Bref,  nous sommes tous sous le charme …

Le cours est terminé. Je me prépare à partir quand une main se glisse sous mon bras …
- « Comment t’appelles-tu ? »
- « Vincent »
- « Moi, c’est Janie »
- « Tu es petite pour une américaine ! »
- « Je t’offre un verre ? »
- « OK »
Avec son accent à la Marylin, ses cheveux courts, frisés et tout blonds, son jean et son sac-à-dos … je … j’adore !
Elle m’offre un verre … je lui offre un verre … nous passons la nuit à ça d’ailleurs et je n’ai jamais eu autant de sujets de conversation avec une fille, sauf, peut-être, avec ma prof de math.
Depuis que j’ai quitté Vanessa, à chaque fille plutôt mignonne que je rencontre, je me pose toujours les mêmes questions bêtes … si je la drague, elle risque de m’envoyer sur les roses ou de me prendre pour un obsédé … et si je ne tente rien, je passe pour un cave, ou pire ! Mais avec Janie, c’est drôle, rien de tout ça. Je ne pense pas à l’embrasser, je ne sais même pas si j’ai envie d’elle et je m’en fous. Je suis bien. Je l’écoute. Elle vient de Philadelphie où elle est professeur de danse. Elle fait de la photo aussi et son grand projet c’est un album de montage photos-dessins. Elle veut « déshabiller Paris et glisser chaque monument dans un décor fictif afin de recréer une autre ville ». Elle a souvent rêvé que des petits hommes verts venaient l’enlever. Elle acceptait de les suivre à condition qu’elle puisse emmener la Tour Eiffel. Elle adore Paris et son rêve lui a donné cette idée. Moi, en tout cas, je trouve ça génial. Et elle cherche un dessinateur qui serait prêt à la suivre dans son projet …

Mais voilà qu’un serveur s’impatiente …
- « … Messieurs-Dames ! Excusez-moi, mais nous fermons »
C’est pas vrai … il est presque quatre heures !
- « Janie, où habites-tu ? »
- « Dans un petit hôtel, rue des Abbesses »
- « Je te ramène ? »
Ce que j’aime rouler dans Paris, la nuit. Dommage que Janie se soit endormie …
- « Janie ! Nous sommes dans ta rue ! »
- « … Oh ! Oui … c’est là ! »
Je reste en double file. Un silence s’installe. J’aurais pu me garer, j’ai l’air bête !
- « … Vincent !… »
- « Oui ? »
- « … tu me plais beaucoup. Je voudrais vivre une aventure avec toi ! »
Et elle m’embrasse, très vite, sur la bouche, avant de disparaître derrière la porte vitrée de l’hôtel.

Janie craque …

J’ai toujours eu une attirance particulière pour les garçons à lunettes et Vincent a en plus ce côté « chat » auquel je ne résiste pas. Maintenant, avec les hommes, je ne succombe plus à la curiosité, comme avant. Je sais, d’emblée, si ça marchera ou pas. Mon passé « Messaline » m’aura au moins apporté ce sens pratique. Le temps qu’on peut perdre dans les rapports amoureux, c’est dingue ! Et ce Vincent va me résister, je le sens. C’est bien, je vais être obligée de me surpasser, d’être moi-même. J’en avais marre des amours faciles. Lui, au moins, n’a pas l’air impressionné par ma beauté.nymph unusual
Ce que j’ai pu lui raconter comme conneries ! J’inventais tout au fur et à mesure et, finalement, mon histoire lui a plu. Je vais jouer le jeu car j’adore sa façon de dessiner. L’ébauche qu’il a faite de moi est parfaite. Le mal que j’ai eu à maîtriser mon trouble … j’avais vraiment l’impression, quand il me dessinait, qu’il me faisait l’amour par procuration. Jamais un photographe ne m’a déstabilisée comme ça ! Même pas Alan ! Mais la technique n’a rien à voir là-dedans, je crois. Je suis amoureuse, voilà tout ! Bêtement et … méchamment.
Le plus dur c’est quand il a fait le compte-rendu de son travail. J’étais là, sur la table du troquet … et dans un état ! Heureusement connu de moi seule ! Il m’a avoué être très content de lui … ouf ! Mon anatomie l’inspire beaucoup. Il est perfectionniste, me dit-il … quel noble compliment ! Il a bien déliré sur son dessin, me transformant, tour à tour, en statue de jardin, en nymphe et même en vierge noire ! Nous allons nous revoir, ça j’en suis persuadée.

Vincent est perplexe …

Si j’ai bien compris, il faut que j’aille la guetter à la sortie de son hôtel ! Elle est bizarre cette fille quand même. Après une déclaration pareille, je m’attendais à la voir, au moins une fois, au cours. Cela fait huit jours que nous avons passé cette fameuse soirée à bavarder et … rien, pas de tête blonde à l’horizon. Je suis vachement déçu.
- « Sylvain, tu te souviens de Janie, l’américaine qui est venue poser la semaine dernière … tu ne l’aurais pas vue par hasard ? »
- « !!! … Vincent, tu devrais regarder plus souvent les filles, surtout celles qui t’entourent ! »
Et j’aperçois, assise à quelques mètres de moi, parmi les élèves, une fille brune qui se marre …
- « … HA ! … »
J’ai crié si fort que tout le monde sursaute …
- « Eh ! Vincent ! Tu as vu un fantôme ou quoi ? »
Pas tout à fait, non, plutôt une métamorphose ! …
- « Oh ! Non ! … Janie … mais pourquoi ?  »
Et je l’entraine dans le hall, en pleine lumière … je n’en crois pas mes yeux : ses cheveux sont bruns, presque raides …
- « Dis-moi, Janie, tu ne serais pas rousse, par hasard ? »
- « … Hum ! Que tu es cynique … non, depuis ma naissance, je suis brune. Je suis d’origine italienne, je ne te l’ai pas dit ? »
- « Le blond te va si bien … quoique comme ça … c’est bien aussi. Mais pourquoi n’as-tu pas donné signe de vie depuis l’autre soir ? »
- « Tu es vraiment miraud, Vincent, je viens au cours tous les jours depuis notre rencontre »
- « !!! et … mais … tu aurais dû te manifester ! Qu’est-ce que tu as dû penser ! Oh ! C’est horrible, excuse-moi … mais j’étais ailleurs, je pensais à … toi, voilà ! »

Sylvain arrive à temps pour me sortir de là …
- « Alors, vous venez ? Le cours commence … Janie, après toi, je t’en prie … dis, Vincent, vous … êtes ensemble, elle et toi ? »
Ça peut paraître idiot, mais je ne m’attendais pas à cette question …
- « … euh ! … je crois, oui … »
J’ai vu Sylvain s’éloigner avec un gros point d’interrogation au-dessus de la tête.

Nous n’avons même pas attendu la fin du cours, Janie et moi. Nous sommes partis, main dans la main et, pendant tout le trajet, nous n’avons pas échangé un seul mot. Ce fut très chouette mais sans surprise. Nous avons fait l’amour les yeux dans les yeux, à se poser la même question : « Qu’est-ce qu’on fait là, et jusqu’à quand ? … ». Elle m’avait bien caché sa vraie nature et j’ai eu un mal fou à m’endormir. Je cherche encore pourquoi je n’avais même pas essayé d’entrevoir sa petite touffe noire la première fois qu’elle a posé pour moi.

Janie panique …

« Tant que les gens sont encore plus ou moins jeunes et que la partition musicale de leur vie n’en est qu’à ses premières mesures, ils peuvent la composer ensemble et échanger des motifs, mais, quand ils se rencontrent à un âge plus mûr, leur partition musicale est plus ou moins achevée, et chaque mot, chaque objet signifie quelque chose d’autre dans la partition de chacun ».

J’ai retrouvé cette citation de Kundera qui me trottait dans la tête comme un leitmotiv. Et je me sens vieille, vidée. On ne devrait jamais analyser l’amour. Vouloir, à tout prix, isoler son cœur, son sexe et son esprit pour savoir pourquoi une seule personne est capable de monopoliser les trois à la fois, c’est une démarche scientifique mais criminelle. Ne jamais tomber amoureux, serait-ce cela le pouvoir absolu ? Et la magie dans tout ça ? Vincent, lui, refuse de recoller les morceaux. Pour lui, l’amour c’est l’aliénation de l’être humain. Le pire, c’est que je suis tout à fait de son avis, seulement moi, je souffre, car je veux rester sa prisonnière.

Il y a un mois, j’étais assise sur un petit muret de la fontaine St Michel, à feuilleter les petites annonces de jobs pour étudiants. Ce que j’étais bien là, incognito et aventurière … « Recherchons modèles nu(e)s pour cours de dessin ». Pour quelle raison, exactement, ai-je franchi la porte de cette école ? Curiosité malsaine ? Ou intuition d’y rencontrer l’homme de ma nouvelle vie ? J’opte définitivement pour la deuxième et comme je l’ai trouvé, mon homme, je le garderai.

Vincent s’énerve …

Je n’aime pas ça. Non, vraiment, je n’aime pas. Janie, elle est trop, de trop, elle m’encombre. Pourtant, notre relation ne manque pas de fantaisie … je ne m’ennuie jamais avec elle. Nous avons commencé son album … Nous nous baladons dans Paris en quête de photos insolites, je dessine sur mon thème préféré, tous les prétextes sont bons pour faire l’amour, n’importe où, n’importe quand … et j’ai enfin trouvé une nana qui joue aux échecs.
Mais je lui en veux d’avoir toujours envie d’elle, dès qu’elle bouge, dès qu’elle me sourit … je lui en veux d’être jaloux, comme un tigre, de tous mes copains … Je lui en veux surtout de ne plus pouvoir me passer d’elle et j’ai peur que tout ça s’arrête.

« Au secours ! Je t’aime ! Mais le sexe nous rend cyniques et c’est vraiment dommage car nous sommes si bien ensemble. C’est le mat du « qui perd-gagne ». Le jouerais-tu contre moi petit voyeur et charmeur négligeant ? »

Voilà ce que Janie m’a laissé, écrit au rouge à lèvres, sur le grand miroir de la salle de bain … avant de se tirer ! … et je n’ai aucun moyen de la joindre … à moins qu’elle ne soit retournée à son hôtel ? J’appelle …
- »… Ah ! Non, Monsieur ! … elle n’est pas revenue … »
De toute façon, si elle m’aime autant qu’elle le prétend, elle reviendra ou elle m’appellera. Sinon … adieu la jolie petite américaine … de toute façon, c’était trop beau pour durer.

Coup de poker !

Mon cœur va éclater, aïe aïe aïe ! Que ça fait mal ! Mais je devais tenter le tout pour le tout. Notre amour était en danger. Le bonheur fait peur, c’est bien connu. Je lui ai laissé une lettre avec mes coordonnées à Philadelphie. Je l’ai planquée sous sa pile de chaussettes. D’ici qu’il la trouve, il aura eu le temps de réfléchir, de me regretter ou de m’oublier. Vincent chéri ! Il faut que tu m’appelles, car moi, je ne pourrais pas t’oublier de sitôt.

Trois semaines plus tard …

- « … Mademoiselle Janie Picchinenna ? Vous avez un appel en PCV de Paris, de Monsieur Vincent Livier. Vous acceptez la communication ? »
- « … Allo ! Janie ? … tu vas bien ? Dis, tu reviens bientôt ? J’ai envie de me marier … »
- « Quelle curieuse envie, et avec qui ? »
- « Avec toi, petite conne ! »

J’adore les gags mais là, j’ai failli très mal le prendre. Un aéroport, c’est l’endroit le plus stressant pour des retrouvailles. Tout en guettant une brune, je me dis qu’elle peut très bien revenir blonde et, pour couronner le tout, son avion a du retard. Quand j’aperçois enfin Janie, elle est dans les bras d’un mec ! Non mais oh ! Je rêve ? … Il va l’étouffer tout à l’heure ! Je cours à sa rencontre. Je n’ai pas l’habitude de me battre, j’ai même horreur de ça, mais là, c’est sûr, je vais lui casser la gueule à cet intrus. Quand j’arrive près d’eux, Janie le repousse violemment …
- « … Mais, Monsieur … ça va pas non ? … il y a erreur sur la personne, je crois ! »
- « Oh ! … merde. Pardon ! Excusez-moi … c’est ma femme … vous lui ressemblez un peu et je ne l’ai pas vue depuis trois ans. Mais je crois que la voilà ! … Excusez-moi encore … »
J’ai presque envie de lui dire merci à ce con car cette angoisse qui me tenaillait depuis la veille, devant d’éventuelles explications, reproches et autres banalités adressés à Janie fait place à un gigantesque fou rire très vite partagé et nous courons jusqu’à la voiture en criant comme des gosses.

- « Vincent … mais où m’emmènes-tu ? … Paris, c’est par là ! »
- « En Normandie, chez ma tante Héloïse. Tu ne connais pas la campagne française, tu vas voir, ça va te plaire. Ma tante habite dans un petit bourg qui s’appelle St Luce. Sa maison est très curieuse, baroque avec des petits recoins partout. Elle a un grand jardin avec plein de sapins »
- « Elle est comment ta tante ? »
- « Veuve, ténébreuse, adorable et psychiatre à la retraite »
- « … Ouah ! Vincent, quel programme … c’est super ! Je t’adore.
Vincent … s’il-te-plaît … arrête-toi au prochain parking ».

La fin de ce chapitre est strictement privé …

suite…

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